Angelo Giuseppe Roncalli, né le 25 novembre 1881 à Sotto il Monte, près de Bergame en Italie, et mort le 3 juin 1963 à Rome, est un prélat catholique italien, élu pape le 28 octobre 1958 sous le nom de Jean XXIII (en latin Ioannes XXIII, en italien Giovanni XXIII). En qualité d’évêque de Rome, il est le 261e pape de l’Église catholique, de 1958 à sa mort.

Il convoque le IIe concile œcuménique du Vatican, appelé aussi concile Vatican II (1962-1965), dont il ne voit pas la fin car il meurt le 3 juin 1963, deux mois après avoir achevé l’encyclique Pacem in Terris.

Béatifié par Jean-Paul II à l’occasion du jubilé de l’an 2000, puis canonisé par le pape François le 27 avril 2014, il est considéré comme saint par l’Église catholique et fêté le 11 octobre, jour de l’ouverture de Vatican II. En Italie, on lui donne le surnom affectueux d’Il Papa Buono (« Le Bon Pape » ou « Le Gentil Pape »).

La mère et le père d’Angelo Roncalli

Roncalli, debout, à droite, derrière Giacomo Radini-Tedeschi
Angelo Giuseppe Roncalli naît le 25 novembre 1881 à Brusicco, une des frazioni de Sotto il Monte, village de la campagne de Bergame, en Lombardie. C’est le quatrième enfant (et premier fils) dans une famille de quatorze enfants de milieu campagnard modeste. Son père Giovanni Battista Roncalli (1854–1935) et sa mère Marianna Giulia Mazzolla (1854–1939) étaient métayers de milieu très modeste, bien qu’on puisse leur trouver une ascendance de petite noblesse appauvrie (par la même parenté que celle du compositeur Ludovico Roncalli, issu de la petite noblesse de Bergame). Son oncle et parrain, Zaverio, est engagé dans l’action catholique, assez proche des idées de Luigi Sturzo.

Angelo entre au petit séminaire à l’âge de douze ans grâce à l’aide financière de son oncle et de prêtres dont le curé Giovanni Morlani, propriétaire des terres qu’exploitait sa famille. Élève assez brillant, il suit le cursus ecclésiastique classique, devenant boursier au séminaire dell’Apollinare de Rome. Il effectue de nombreux pèlerinages au sanctuaire marial de la Madone du Bosco d’Imbersago. À partir de 1895, il tient un journal qu’il continue jusqu’à sa mort. Il fait son service militaire en 1901 au 73e régiment d’infanterie, dans des conditions difficiles, pour que son frère reste sur l’exploitation.

Présenté au pape Pie X qu’il apprécie pourtant moins que son prédécesseur Léon XIII, en 1904, il est ordonné prêtre dans la basilique Santa Maria in Montesanto le 10 août 19041. Peu après, il est nommé secrétaire de Mgr Giacomo Radini-Tedeschi, nouvel évêque de Bergame, connu pour son soutien au monde ouvrier en particulier lors des grèves de 1909. Roncalli reste à son service jusqu’à la mort de ce dernier le 22 août 1914. Pendant cette période, il enseigne également l’histoire de l’Église au séminaire de Bergame, en étudiant particulièrement saint Charles Borromée et le concile de Trente (qu’il voit comme un concile réformateur plus qu’anti protestant), saint François de Sales et Grégoire Barbarigo, proclamé saint sous son pontificat. Il donne des conférences à des laïcs sur l’histoire de l’Église.

En 1915, il est, comme sergent de l’armée royale italienne, incorporé dans le service des santés des armées, avant de devenir aumônier militaire dans les hôpitaux.

Visiteur apostolique en Bulgarie
En 1925, Pie XI l’écarte de l’Italie en le promouvant évêque pour l’envoyer, contre son gré (il voulait l’Argentine), en Bulgarie, terre orthodoxe, en tant que premier visiteur, puis délégué apostolique. Élevé à la dignité d’évêque titulaire d’Areópoli, consacré à Rome par le Cardinal Giovanni Tacci Porcelli, il choisit comme devise épiscopale Obedientia et Pax (obéissance et paix). Malgré les encouragements de Montini, il est atterré. Il arrive dans une situation tendue : en 1924, un grave incident interreligieux avait marqué les esprits. Roncalli, par une visite et un sermon, contribue à faire tomber la tension (« les bons sentiments vers nos frères séparés ne sont pas suffisants, si vous les aimez vraiment, donnez-leur le bon exemple et transformez votre amour en action »). Devant affronter l’épineuse question du rite latin et du rite oriental, il marque son habituelle bonhomie par de nombreuses visites dans la petite communauté urbaine catholique ou uniate. L’hôpital catholique soigne gratuitement les malades de toutes confessions, en particulier lors de l’attentat manqué à la cathédrale orthodoxe contre le roi Boris III. Le roi l’en remercie par une entrevue privée, honneur inhabituel, puisque Roncalli n’avait pas de statut diplomatique. Il se rend aussi au centre du pays en 1928, frappé par un tremblement de terre.

Il doit surtout négocier la délicate préparation du mariage du roi Boris III (orthodoxe) avec Jeanne de Savoie, fille catholique du Roi Victor-Emmanuel III. Le pape Pie XI avait accepté la dispense à la condition qu’un rite catholique soit célébré et que les filles du couple soient éduquées dans la religion catholique. Or, en plus de la cérémonie catholique d’Assise (25 octobre 1930), une seconde, orthodoxe, fut célébrée à Sofia, ce qui irrita Pie XI, d’autant plus que les filles du couple furent baptisées selon le rite orthodoxe en 1933. Toutefois, la fille du Roi d’Italie ne fut pas excommuniée. Divers indices indiquent que la souplesse de Roncalli ne convenait pas à Pie XI (le bruit courut, sans doute à tort, qu’il l’aurait laissé 45 minutes à genoux pour lui marquer son mécontentement que le fils de Boris, Siméon, ait été baptisé dans le rite orthodoxe).

À l’écart de l’Italie pendant la dictature fasciste, il indique : « Mon exclusion des affaires de l’Italie me parait une bénédiction. Ce que je lis dans les journaux me navre. » Roncalli attend une réaffectation. Éloigné de ses sœurs et de ses parents, il s’avoue « insatisfait » de ne « pouvoir faire davantage » et de devoir « se renfermer dans une vie de parfait ermite allant contre sa tendance intime de travailler au ministère direct des âmes ».

Délégué apostolique en Turquie

Monument devant l’église catholique d’Istanbul
En 1935, il reçoit enfin une réaffectation. Mais sa promotion (avec un titre d’archevêque de Mesembria) pour le même poste à Istanbul, comme délégué apostolique en Turquie et en Grèce entre 1935 et 1944, n’est guère plus aisée : plus loin encore de sa famille (il ne peut enterrer ni son père, ni sa mère) il doit couvrir un espace important. La communauté catholique est isolée en Grèce orthodoxe et assez fractionnée dans la Turquie d’Ankara, alors dirigée par Atatürk en pleine période de laïcisation de la société (il doit se déplacer en civil, ce qui lui fait dire que l’on est prêtre aussi bien en pantalon qu’en soutane). Il fait de courts passages en Grèce et salue l’élection du nouveau Patriarche de Constantinople.

Sur le plan religieux, il fait entrer dans la liturgie des passages dits en turc, ce qui est dénoncé jusqu’à Rome et indique dans un sermon en 1944, son désir d’un concile œcuménique.

Sur un plan diplomatique, il insiste sur la neutralité du Vatican, dans l’État neutre de Turquie, se refuse à trancher en faveur de Vichy ou de la France libre, et surtout il joue un rôle important pour le sauvetage des réfugiés d’Europe centrale vers la Palestine pendant la guerre, des victimes du nazisme, juifs, surtout mais aussi membres du clergé venus de toute l’Europe et particulièrement de Hongrie et de Bulgarie.

Ces gestes pour ceux qu’il nomme les « cousins et compatriotes de Jésus » auraient sauvé de 24 000 à 80 000 Juifs, ce qui justifie pour la fondation internationale Raoul Wallenberg de demander son inscription comme juste entre les nations. Toutefois, en 1943, même s’il approuve le sauvetage des Juifs de Rome, il indique un « trouble spirituel » à ce que ce soit le Vatican qui les envoie en Palestine leur permettant de reconstituer une « espérance messianique »3 (il y avait sans doute aussi des raisons diplomatiques vis-à-vis des Britanniques et cela correspondait à la perception du secrétaire d’état Maglione). Dans son témoignage écrit envoyé pour le procès de Nuremberg, Roncalli affirme par ailleurs que Von Papen (ambassadeur du Reich en Turquie) aurait permis ce sauvetage de 24 000 Juifs (qu’il aurait pu dénoncer et pour lesquels il fournit des papiers en règle).

Il accueille avec « beaucoup de calme » la fin du pouvoir de Mussolini en 1943 : « Ce geste du Duce, je le crois un geste de sagesse, qui lui fait honneur. Non, je ne lui jetterai pas la pierre… Ainsi pour lui Sic transit Gloria mundi. Mais le grand bien qu’il a fait à l’Italie reste. Son retrait est toutefois le résultat de quelques-unes de ses erreurs. Dominus parcat illi. [Que Dieu ait pitié de lui.] »

Nonce en France

Robert Schuman et le nonce en 1950.
Tout en restant éloigné du centre de la diplomatie papale, Roncalli est consulté par le pape Pie XII (dès 1941, en particulier pour avoir son avis sur la façon dont son silence vis-à-vis des Juifs pourrait être jugé après la guerre4). Il est également bien connu de Montini, l’homme de confiance du Pape le plus en lien avec la France. Or, en 1944, le général De Gaulle souhaite voir remplacer le nonce apostolique en France, Mgr Valerio Valeri, qui avait soutenu le clergé favorable à Pétain. Pie XII choisit Roncalli pour cette mission, peut-être en signe d’agacement, montrant qu’il n’envoie pas à Paris un diplomate de premier rang (« Quand on ne peut utiliser un cheval, un âne peut être utile… »). Roncalli, très surpris de cette promotion, y négocie avec succès le problème des évêques compromis avec le régime de Vichy, dont le gouvernement français demandait le remplacement dans le cadre de l’épuration. Pie XII ne doit accepter seulement que les démissions de trois prélats (sur les 25 demandées) : les évêques Auvity (Mende), Du Bois de la Villerabel (Aix) et Dutoit (Arras), et quelques autres personnalités (l’auxiliaire de Paris Roger Beaussart, et trois vicaires d’outremer) trop proches de Vichy. Favorable à la promotion au cardinalat de Roques et Julleville, Roncalli est initialement défavorable à celle de Saliège, qui avait protesté contre l’enfermement des Juifs, et qui était demandée par le gouvernement français. Le nonce craignait que cela ne ternisse par contraste l’image des évêques qui étaient restés silencieux, et il estimait que l’infirmité de l’archevêque de Toulouse était un obstacle à l’accès à cette haute fonction. Il entretient, semble-t-il, de bonnes relations avec le cardinal Suhard et l’épiscopat français; mais le nonce déconcerte et agace à la fois le pape et la diplomatie française par ses visites non protocolaires et chaleureuses dans l’ensemble des diocèses en province, déroutant ses interlocuteurs par sa conversation volubile peu diplomatique. Ce comportement en apparence superficiel lui permet, en fait, d’éviter les conflits. Les sources de tensions sont en effet nombreuses: avec l’État, c’est la question de la laïcité de l’école qui menace l’unité des coalitions gouvernementales des démocrates-chrétiens du MRP et de la gauche laïque non-communiste6. Avec l’Église française, le trouble vient des condamnations par Pie XII des prêtres ouvriers et d’un certain courant moderniste (nouvelle théologie ou ressourcement) en 1950.

Patriarche de Venise
En 1953, le cardinal est enfin renommé en Italie, conformément à sa première vocation pastorale : à 72 ans, Roncali devient patriarche de Venise. Cette « fin de carrière » lui permet de nouveau de montrer ses talents de pasteur débonnaire et diplomate. Il y organise un synode diocésain, utilise les transports en commun, les gondoles, multiplie les signes de présence joviale et d’ouverture en direction des paroissiens (« Je veux être votre frère, aimable et compréhensif ») et des Italiens, comme ce message de bienvenue lors du congrès des socialistes en 1957. Mais il ne prend pas de position divergente par rapport à Pie XII (il condamne ainsi, en 1957, « les cinq plaies crucifiant aujourd’hui : l’impérialisme, le marxisme, la démocratie progressiste, la franc-maçonnerie et la laïcité »).

Un pape que l’on disait « de transition »
Le conclave de 1958
Article détaillé : Conclave de 1958.

Chapelle sixtine

Monument à Jean XXIII à Porto Viro (Rovigo, Italie)
Le pontificat de Pie XII avait été très long (19 ans), et marqué par une centralisation progressive et un exercice solitaire du pouvoir. Lorsque Roncalli arrive au conclave, les cardinaux souhaitent à la fois un changement de style gouvernemental et marquer un temps de réflexion face à un monde moderne en rapide évolution. Le pontificat monarchique de Pie XII avait éclipsé la présence de personnalités fortes au sein du Sacré Collège. Aucun successeur ne se dégage. Après trois jours de conclave et dix tours de scrutin infructueux, le cardinal Roncalli apparait comme un « pape de transition » idéal au terme d’un conclave cherchant à assurer un changement sans rupture9. De tempérament bonhomme mais habile diplomate, francophile, le patriarche de Venise était, comme son prédécesseur Pie X, d’origine modeste mais, marqué par le catholicisme social, il était à l’aise dans le travail pastoral exercé dans une Italie du Nord en plein essor industriel. Il est élu pape le 28 octobre 1958.

Il crée une première surprise en choisissant de s’appeler « Jean XXIII » (Ioannes XXIII), reprenant un nom abandonné depuis le xive siècle (Jean XXII fut pape de 1316 à 1334), lui aussi à l’issue d’une élection mouvementée et chez qui on avait également vu un « pape de transition » en raison de son âge (72 ans), mais qui régna 18 ans. Le choix d’un nom qui n’avait plus été utilisé depuis plus de cinq cents ans devait également marquer le changement de style de gouvernement9. Jean XXIII est intronisé le 4 novembre.

Un pape réformateur

Audience de Jean XXIII
Dès le début de son pontificat, il met l’accent sur l’aspect pastoral de sa charge ; c’est ainsi qu’il est le premier, depuis Pie IX, à sortir de l’enceinte du Vatican après son élection, ce qui lui permet d’assumer pleinement son rôle d’évêque de Rome, souvent négligé par ses prédécesseurs. Il prend solennellement possession de la basilique Saint-Jean-de-Latran et visite les paroisses romaines. Ses visites à l’hôpital des enfants (Noël 1958) et en prison (1er janvier 1959) marquent les esprits. Symboliquement, il rompt avec la tradition des repas solitaires et recommande à la direction de l’Osservatore Romano de cesser l’usage des superlatifs d’usage pour qualifier le souverain pontife. Il désigne Domenico Tardini, un prélat d’expérience, à la secrétairerie d’État où il fait cesser la politique d’affrontement sans dialogue vis-à-vis du bloc de l’est (un appel à la paix est directement adressé au dirigeant de l’URSS lors de la construction du mur de Berlin ce qui entraîne un réchauffement des relations permettant la venue d’évêques du bloc communiste au concile). Dès son premier message « Hac trepida hora », il évoque les persécutions communistes contre l’Église, pour les juger “en contraste flagrant avec la civilisation moderne et avec les droits de l’homme acquis depuis longtemps” (approbation implicite des Droits de l’homme et de la civilisation moderne, selon ses commentateurs). Il rétablit le travail en coordination avec les dicastères. Il engage également la réforme du Code de droit canonique, datant de 1917, qui s’achève en 1983. Un Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens est créé, et a pour résultat la présence de plusieurs dizaines d’observateurs d’Églises chrétiennes non catholiques.

Surtout, dès le 25 janvier 1959, Jean XXIII convoque le deuxième concile du Vatican, qui devait être le vecteur d’une importante modernisation de l’Église catholique romaine. Cette décision surprend voire inquiète la curie qui redoute des innovations trop marquées. Mais la préparation du concile est confiée à la secrétairerie d’État ce qui entraîne après une enquête auprès des évêchés un ordre du jour très peu réformateur. Cette impression d’un concile sans réforme est d’abord confirmée par le synode des prêtres de Rome, sorte de répétition générale du concile à l’échelle de l’évêché, et qui ne débouche que sur un code de conduite du prêtre et le rétablissement du lavement des pieds à certaines dates. Après un pèlerinage à Assise et Loretto, le pape continue la préparation du concile alors que sa santé se dégrade.

Le lancement du concile
Article détaillé : Concile de Vatican II.

Arrivée des pères conciliaires

Vue de quelques pères conciliaires
Le 11 octobre 1962, le concile, couramment désigné depuis lors sous le nom de « Vatican II », est ouvert. Jean XXIII y prononce un important discours, rédigé personnellement pour sa plus grande partie :

« L’humble successeur du Prince des apôtres qui vous parle, le dernier en date, a voulu en convoquant ces importantes assises donner une nouvelle affirmation du magistère ecclésiastique toujours vivant et qui continuera jusqu’à la fin des temps. Par le Concile, en tenant compte des erreurs, des besoins et des possibilités de notre époque, ce magistère sera présenté aujourd’hui d’une façon extraordinaire à tous les hommes qui vivent sur la Terre. (…) Ce qui est très important pour le Concile œcuménique, c’est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et présenté d’une façon plus efficace. »

Ce discours est complété le soir même du 11 octobre 1962 par une allocution improvisée depuis un balcon à destination de la foule assemblée « sous la lune », dans lequel il évoque avec beaucoup d’humanité (évoquant les larmes des enfants) le souhait « que nos sentiments soient toujours comme nous les exprimons ce soir, devant le ciel et devant la terre: foi, espérance, charité, amour de Dieu, amour des frères. Et puis, tous ensemble, aidons-nous ainsi, dans la sainte paix de Dieu, à faire le bien. » L’émotion papale est sensible (et peut-être liée au fait qu’on venait de lui diagnostiquer un cancer).

Rapidement l’ordre du jour préparé par la curie conservatrice est désavoué par les pères conciliaires et le Pape ordonne une refonte des tâches du concile qui se lance alors, sous l’impulsion de Montini, avec clarté dans une œuvre réformatrice.

Jean XXIII demande que la question des relations de l’Église catholique avec les Juifs soit abordée au concile. Plus généralement, les conclusions très substantielles de ce concile aboutissent à inviter les catholiques, tout en rappelant leur devoir de fidélité à leur foi, à faire preuve de tolérance envers les fidèles des autres religions. Elles affirment, dans la déclaration Nostra Ætate, et ce d’ailleurs dans la lignée du concile de Trente, que ni les Juifs du temps du Christ, ni les Juifs d’aujourd’hui ne peuvent être considérés comme plus responsables de la mort de Jésus que les chrétiens eux-mêmes. Des observateurs non catholiques sont invités au concile. Les patriarches, invités à l’ouverture du concile, qui avaient été placés sur des strapontins derrière les cardinaux sont, à sa demande, placés à ses côtés.

En septembre 1962, un cancer de l’estomac est diagnostiqué. Jean XXIII s’efforce cependant de permettre au concile de continuer son travail. Le 25 octobre 1962, lors de la crise de Cuba, il lance aux Grandes Puissances, en français, sur Radio Vatican, un appel pour la Paix. Le 11 avril 1963, il promulgue une encyclique qui est perçue comme étant son testament spirituel : Pacem in terris. Au-delà du monde catholique elle est adressée « à tous les hommes de bonne volonté », fait l’apologie de la démocratie, affirme que la guerre ne peut être un instrument de justice et préconise que ce soit désormais la « loi morale » qui régisse la relation entre les états, prônant la solidarité, la justice et la liberté. Le 11 mai, il reçoit le prix Balzan pour son engagement en faveur de la paix. C’est là sa dernière apparition publique.

Mort, béatification, canonisation et postérité

Tombeau de Jean XXIII, dans la basilique Saint-Pierre de Rome
Les premières rumeurs sur la mauvaise santé du pape circulent en novembre 1962. Dès lors, son état de santé retient l’attention des médias car il est régulièrement victime de « crises » qui l’affaiblissent jour après jour.

Atteint d’un cancer de l’estomac et de la prostate, il est victime d’une hémorragie le 28 mai 1963. À partir de ce jour, Radio Vatican transmet quotidiennement un bulletin de santé du pape, l’entourage indiquant que, entre lucidité et inconscience, il continue de tenir son rôle jusqu’aux derniers moments. À l’issue d’une longue agonie, il meurt le 3 juin 1963, le lundi de Pentecôte.

Le pape laisse une image d’humanité et de simplicité dans les comptes rendus des médias de l’époque. Son rôle pour l’ouverture du concile est en général tenu comme majeur. Une partie des courants intégristes lui reprochent toutefois, ainsi qu’à son successeur Paul VI, d’avoir été victime d’une influence moderniste, allant pour certains groupes sédévacantistes jusqu’à contester la validité de son élection (soit qu’un autre pape ait été élu pendant le conclave de 1958, soit qu’il ait été franc-maçon, rumeurs sans appuis documentés).

Il est béatifié le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II13. Le miracle qui a ouvert la voie à la béatification a eu lieu le 25 mai 1966, en faveur d’une religieuse italienne, sœur Caterina Capitani, de la congrégation des Filles de la charité, considérée comme mourante par les médecins à la suite d’une opération en vue de l’ablation d’une tumeur à l’estomac et qui a soudainement guéri après en avoir appelé à l’intercession du pape défunt.

À l’ouverture en janvier 2001 du triple cercueil en sapin, chêne rouvre et plomb où il reposait, son corps est découvert en excellent état de conservation, conséquence de l’intervention, quelques heures après la mort, d’un expert en traitement des cadavres, Gennaro Goglia, qui le révèlera dans le numéro de juin 2001 du magazine Famiglia Cristiana16. Complété d’un masque de cire, il repose depuis lors dans un cercueil de cristal sous l’autel de la chapelle Saint-Jérôme de la basilique Saint-Pierre.

En 2002, Giorgio Capitani réalise, pour la télévision, Jean XXIII, le pape du peuple, film d’une durée de trois heures narrant la vie d’Angelo Roncalli/Jean XXIII. Parmi les acteurs figurent Edward Asner (incarnant Angelo Roncalli) et Claude Rich, qui interprète le cardinal Alfredo Ottaviani.

Le 2 juillet 2013, les évêques et cardinaux membres de la Congrégation pour les causes des saints se réunissent en assemblée plénière pour évoquer différents cas de béatifications et de canonisations. Dès le 5 juillet suivant, le pape François autorise la congrégation à promulguer le décret permettant la canonisation des bienheureux Jean-Paul II et Jean XXIII. Lors du consistoire convoqué le 30 septembre 2013, le Pape François fixe la date de la cérémonie de canonisation de ses deux prédécesseurs au 27 avril 2014, en la solennité de la miséricorde divine, correspondant à la date anniversaire des 75 ans du cardinal Stanislaw Dziwisz, actuel archevêque de Cracovie. Cette double canonisation résulte de la volonté du pape François d’équilibrer « politiquement » deux figures très différentes de la catholicité. Jean XXIII bénéficie d’une procédure simplifiée, approuvée par le Pape François, et qui le dispense du deuxième miracle habituellement nécessaire pour la canonisation.

Le 27 avril 2014, lors de la messe du dimanche de la divine Miséricorde, le pape François préside la cérémonie de canonisation conjointe des papes Jean-Paul II et Jean XXIII. C’est la première fois dans l’histoire de l’Église qu’une double canonisation de papes a lieu en présence de deux papes vivants, François, qui préside la cérémonie, accompagné de son prédécesseur Benoît XVI19.

Écrits
Désireux de voir l’Église vivre une nouvelle Pentecôte, Jean XXIII († 1963) convoqua le IIe concile œcuménique du Vatican.

Traverser l’épreuve
« En faisant retour sur moi-même et sur les vicissitudes variées de mon humble vie, je dois reconnaître que le Seigneur m’a dispensé jusqu’ici de ces tribulations qui, pour tant d’âmes, rendent difficiles et sans attrait le service de la vérité, de la justice et de la charité.
J’ai traversé les années de l’enfance et de la jeunesse sans m’apercevoir de ma pauvreté, sans soucis familiaux, sans m’inquiéter de mes études ou de circonstances dangereuses. Si un jour m’arrive une grande tribulation, il faudra bien l’accueillir ; et si elle se fait attendre encore un peu, je dois continuer à m’abreuver du sang de Jésus avec ce cortège de tribulations petites ou grandes dont la bonté du Seigneur voudra l’entourer.
J’ai toujours été très impressionné, et maintenant encore, par ce petit psaume 130 qui dit : « Seigneur, mon cœur ne se gonfle pas et mes yeux ne se lèvent pas devant toi ; je ne cours après de grandes choses plus hautes que moi. Non, je tiens mon âme en paix et en silence. Comme un enfant dans les bras de sa mère, voilà comment est mon âme » (Ps 130, 1-2). Oh ! comme j’aime ces paroles ! Mais si je devais me troubler vers la fin de ma vie, mon Seigneur Jésus, tu me fortifierais dans la tribulation. Ton sang, ton sang que je continuerai à boire à ton calice, c’est-à-dire à ton Cœur, sera pour moi un gage de salut et de joie éternelle. »

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