Continuer à aimer quand il n’y a plus l’attirance initiale.

« Une sainteté faite de dévouement aux autres, mais sans la foi en Dieu. Mère Teresa a un peu partagé cette situation, c’est pourquoi je dis donc qu’elle est une sainte pour les athées. Et aussi pour les époux, parce qu’il y a une analogie, dans le mariage il se produit un peu ce qui arrive dans la vie des saints. »

C’est ce que le père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, affirme dans une interview accordée à Vatican News ce vendredi 31 août 2018, le jour où son livre en italien « Mère Teresa – Une sainte pour les athées et les époux » est sorti en librairie. Il s’agit d’un recueil des méditations de l’Avent 2003 publié par Edizioni San Paolo à la veille du 5 septembre, jour où l’Église célèbre la sainte de Calcutta.

« La nuit obscure de l’Esprit »

Dans son journal intime, explique le p. Cantalamessa, Mère Teresa a parlé de l’ « obscurité », qui a accompagné sa vie, « comme d’une ‘absence de Dieu’, et même elle croyait pratiquement être athée et ne pas entendre Dieu ». « C’est une explication très classique dans le christianisme : la nuit obscure de l’Esprit, affirme le prédicateur. Certaines âmes sont appelées à vivre pratiquement dans l’absence de Dieu. Dieu est évidemment toujours présent en elles, mais elles ne le sentent pas. C’est une épreuve de purification : cela sert à purifier la foi des saints. »

Le prédicateur donne aussi d’autres explications de cette situation : « L’une d’elles, dit-il, était de la protéger, comme une combinaison d’amiante : elle qui devait aller dans les flammes de la publicité et des médias. Par conséquent, ce vide intérieur, cette « désolation » – parce que c’est le terme, la désolation qu’elle vivait – la protégeait de l’ivresse de la célébrité. »

« À mon avis, poursuit-il, … Mère Teresa vivait un peu ce que vivent les athées, une catégorie particulière d’entre eux : ceux qui ne se vantent pas de leur athéisme, mais qui le vivent comme une angoisse existentielle, un vide intérieur, qui est un peu ce que disait Albert Camus, les ‘saints sans Dieu’ ».

Mère Teresa est aussi « une sainte pour les époux », affirme l’auteur du livre : « Dans le mariage il se produit un peu ce qui arrive dans la vie des saints : au début, il y a l’attirance, l’attirance mutuelle, les consolations et puis petit à petit il peut arriver le temps où l’on n’expérimente plus rien, il faut continuer d’aimer non pas tant pour la consolation que l’on reçoit de l’autre, mais par pur amour. »

« Et Mère Teresa, estime-t-il, est un peu un exemple en cela : en persévérant, c’est-à-dire en continuant à aimer, quand il n’y a plus l’attirance initiale. Cela purifie l’amour. Et de fait, beaucoup d’époux, au terme de leur histoire, sont prêts à dire que l’amour qui a mûri après ce temps est plus pur que celui d’avant. »

La sainteté de Mère Teresa : deux appels de Dieu

La première pierre sur laquelle repose la sainteté de Mère Teresa, explique le père Cantalamessa, c’est « sa réponse à un appel », c’est « son obéissance à une inspiration divine, examinée et reconnue comme telle ».

« À part le premier appel qui l’a fait devenir religieuse, poursuit-il, il y a eu un second appel, par lequel le Seigneur lui demandait de quitter son ordre religieux, la vie qu’elle avait menée jusque-là, pour commencer une œuvre qui, au début, l’a effrayée : à savoir créer un nouvel ordre de sœurs indiennes qui seraient au service des plus pauvres parmi les pauvres. »

Le prédicateur de la Maison pontificale « compare cet appel à celui d’Abraham qui n’avait pas de raisons particulières de sortir d’Ur en Chaldée, mais le Seigneur lui demandait justement cela ». « Au début, explique-t-il, Mère Teresa opposa un peu de résistance, parce qu’elle se trouvait bien dans l’ordre des sœurs de Loreto. Mais ceci est toujours un peu le début d’une aventure de sainteté. Répondre à un appel, à quelque chose de nouveau qui, pour elle, était une œuvre grandiose que nous avons ensuite connue. »

Mère Teresa et le pape Jean-Paul II

En 2003, le père Cantalamessa avait prêché sur la vie de Mère Teresa dans la Chapelle Redemptoris Mater en présence du pape Jean-Paul II, déjà durement éprouvé par la maladie.

En parlant du service des pauvres, raconte le prédicateur, « je rappelais que, pour Mère Teresa, la plus grande pauvreté était celle de Dieu, la pauvreté de l’Esprit. Wojtyla était un exemple de ce dévouement au service de l’Esprit : il s’était consumé et à ce moment-là, étant dans ces conditions de santé, comme tout le monde s’en souvient, je m’adressais quasiment à lui en disant que dans sa vie il avait donné à tous un exemple d’une vie dépensée pour les autres ».

Le père Cantalamessa explique également pourquoi il publie ce livre aujourd’hui : « Je n’avais pas publié ces prédications après les avoir prononcées, dit-il, parce que je citais certains textes des dialogues confidentiels de Mère Teresa, qui n’avaient pas encore été publiés officiellement. En outre, j’ai eu l’occasion de suivre une retraite en Albanie, l’année dernière, et j’ai vu ce que représente maintenant Mère Teresa pour les Albanais. »

La publication de l’exhortation apostolique Gaudete et exsultate du pape François sur l’appel à la sainteté dans le monde contemporain a aussi rappelé au p. Cantalamessa « que Mère Teresa est un des exemples évidents – avec Padre Pio », qu’il « cite comme le ‘frère’ de Mère Teresa » – de sainteté moderne ».

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