Le droit universel à la vie l’emporte sur d’autres droits particuliers, rappelle le cardinal mexicain Aguiar.

Le point presse du synode, à la mi-journée ce mercredi 10 octobre 2018, a rassemblé au Vatican, le cardinal Carlos Aguiar Retes (México), Mgr Jean-Claude Hollerich, S.I. (Luxembourg), et une étudiante du Texas, Briana Regina Santiago (Etats-Unis), avec Paolo Ruffini, préfet du Dicastère pour la communication et Greg Burke, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège.

Le droit universel à la vie

Une des questions de la presse a porté sur ce que le pape François venait de dire sur l’avortement à l’audience générale, Place Saint-Pierre, dans sa catéchèse sur le 5e commandement : « Tu ne tueras pas ». Et ceci, dans la ligne du changement apporté dans le Catéchisme catholique sur la peine de mort, dont il est probable que le pape parle dans la suite de ses catéchèses du mercredi, ainsi que de l’euthanasie.

« A l’audience générale, le pape a parlé de façon forte contre l’avortement. Comment affronter ce thème avec les jeunes qui le considèrent comme un droit de la liberté? », a demandé une journaliste.

Le cardinal Aguiar Retes a rappelé que la « Déclaration universelle des droits de l’homme » de 1948 affirme des droits humains « universels », donc valables pour tout être humain, dont le droit à la vie, comme le dit l’Article 3: “Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne”.

Il a fait valoir que les autres « droits » ne pouvaient pas aller contre ces droits universels fondamentaux qui concernent tout le monde et doivent être « appliqués pour le tout, l’ensemble ».

Cardinal Aguiar Retes (Mexico) @ Vatican Media

Les évêques chinois

A une question sur le séjour des évêques de Chine continentale présents au synode – une première historique – Paolo Ruffini a confirmé qu’ils ne pourraient pas rester jusqu’au bout du synode : c’est déjà difficile pour un évêque de s’absenter aussi longtemps… Mais il a fait valoir que l’invitation a été lancée « tard » et que les évêques avaient déjà des engagements : « dès le début on savait qu’ils avaient d’autres engagements ». Il a souligné que déjà « ils ont prolongé leur séjour » : « Ils ont pu être ici, mais ils ne pourront pas rester pendant tout le synode. L’invitation a eu lieu au dernier moment. »

Il s’agit de Mgr Joseph Guo Jincai, 60 ans, de Chengde (Hebei), qui a étudié à Lyon (France), au Prado – et donc parle français – , et Mgr Jean-Baptiste Yang Xiaoting de Yan’an (Shaanxi), 54 ans, qui a étudié à Rome et parle italien (doctorat en 1999 à l’Université pontificale urbanienne). Ils sont tous deux et en communion avec le pape et reconnus par le gouvernement chinois.

Totalitarisme déguisé

A une question sur les « totalitarismes déguisés », le cardinal Aguiar a reconnu que « les totalitarismes constituent toujours des tentations : pour contrôler le pouvoir, la tentation est toujours là ».

Il a aussi fait observer qu’ils prennent « différentes formes » aujourd’hui. Il a cité comme exemple « l’anonymat des réseaux sociaux », source d’un « totalitarisme nouveau dont les premières victimes sont les jeunes ». Il a cité l’exemple du lien entre le suicide d’une jeune de 13 ou 14 ans et Internet. D’où, insiste l’archevêque mexicain, « l’importance d’une éducation « intégrale » ».

Les populismes

A une question sur les populismes, Mgr Hollerich, président de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE) a fait observer qu’il y a « un certain égoïsme dans les populismes » et que « dans l’Eglise on se concentre sur les plus faibles, les marginalisés, ce qui est un remède contre les populismes ».

Mgr Jean-Claude Hollerich, S.I. (Luxembourg) @ Vatican Media

Le phénomène des migrations

Le Mexique est un des points de migration les plus importants dans le monde, a par ailleurs souligné le cardinal Aguiar. L’Eglise a répondu par la constitution de 42 maisons qui assistent les migrants. Le l’archevêque de Mexico a souligné la générosité des jeunes : « Ceux qui aident le plus, ce sont les jeunes, ce sont les plus sensibles à ces situations ».

Réponses à la violence

La violence, le trafic de drogue, la prostitution des enfants, la traite des êtres humains sont des « scandales » a en outre déclaré le cardinal Aguiar, qui a cité aussi le trafic d’organes, comme autant de « problèmes gravissimes contre la dignité humaine » : il espère des collaborations de l’Eglise avec les autorités pour lutter contre ces fléaux.

Un changement d’époque

L’archevêque de Mexico a fait observer qu’il y a aujourd’hui, grand « changement d’époque »; il n’y a « plus de consensus des valeurs, ni un comportement social accepté par tous »: par conséquent, « les adolescents n’ont pas les idées claires ».

« Pour affronter ce grand changement, l’Eglise, a-t-il ajouté, a besoin de revoir sa façon d’agir » : « Le pape parle de « collégialité » » il s’agit de voir ensemble « ce qui se passe dans chaque continent ».

Il a souhaité que les jeunes puissent discerner : « Les jeunes les plus fragiles doivent découvrir ce qui leur fait du mal à eux-mêmes et à la société et se mettre au service du bien. »

Mgr Hollerich a aussi évoqué ce changement d’époque : « Le synode est important: nous nous trouvons dans un moment de changement profond de civilisation, pas seulement de culture… »

Il a connu plusieurs cultures, il a vécu au Japon : « J’ai rencontré des gens qui n’ont jamais lu un livre… Nous devons être conscients de ce changement de civilisation, cela aura des implications pour l’anthropologie ».

Lui aussi a insisté sur le « discernement » nécessaire : « Le discernement dans cette nouvelle période est très important… »: « je découvre les différentes couleurs et nuances de la réalité » . Au synode, il s’agit de « discerner », c’est à dire, « voir, écouter, entendre ce que Dieu veut que nous fassions ».

Il a souligné la richesse de cette expérience de « découvrir une Eglise mondiale, de différents continents, qui veulent marcher avec humilité, ensemble ».

Changements pour l’Eglise

Pour le cardinal Aguiar, c’est aussi l’Eglise qui doit évoluer : « L’Eglise doit beaucoup changer en particulier vers les espaces où sont les jeunes » et être une « Eglise en sortie », « en mission » et qui propose aux jeunes un « accompagnement » tout en « respectant leur liberté ».

Briana Regina Santiago (Etats-Unis) @ Vatican Media

Briana Regina Santiago, qui a 27 ans et vient du Texas, a exprimé sa « gratitude » pour cette expérience « de participer au synode avec des personnes du monde entier »: « je ressens la nécessité de regarder la carte! Je reçois beaucoup de l’expérience de tous ceux qui sont présents! »

Elle a spécialement salué au synode le « dialogue très ouvert entre les générations »: « cela m’enrichit d’être en contact avec des personnes de situations si différentes ».

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