Le père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale sous les trois derniers pontificats, a livré sa quatrième prédication de Carême, vendredi 5 avril 2019. Une méditation de Carême axée sur la beauté de l’adoration et son caractère absolu.

Le prédicateur italien de la Maison pontificale depuis 1980 a commencé sa prédication en faisant allusion au huitième centenaire de la rencontre de François d’Assise avec le sultan d’Égypte Malik al-Kâmil en 1219. Citant un missionnaire ayant longuement travaillé en Afrique, le père Cantalamessa a fait remarquer que les missionnaires étaient appelés à répondre à un besoin fondamental des hommes: «le besoin profond de Dieu, la soif d’Absolu». Voilà pourquoi, en Orient, les musulmans font tant de prosélytes, argumente-t-il, car «ils enseignent immédiatement et simplement, à adorer Dieu», a détaillé le père Raniero Cantalamessa. LIRE AUSSI

La dignité de l’adoration

«Nous, chrétiens, avons une image différente de Dieu: un Dieu qui est amour infini, avant même d’être puissance infinie. Ce qui ne doit pas nous faire oublier pour autant le devoir primordial de l’adoration», a poursuivi le prédicateur, relevant que le Nouveau Testament avait élevé le mot adoration «à cette dignité qu’il n’avait pas auparavant».

Effectivement, dans l’Ancien Testament, outre Dieu, l’adoration s’adresse parfois à un ange ou au roi; au contraire, dans le Nouveau Testament, chaque fois que l’on tente d’adorer quelqu’un d’autre que Dieu et la personne du Christ, fût-ce un ange, la réaction immédiate est: «Ne le faites pas ! On ne doit adorer que Dieu seul».

Acte de culte par excellence

Le père Cantalamessa a donc expliqué que l’adoration est le seul acte religieux qui ne puisse être offert à personne d’autre qu’à Dieu dans tout l’univers, pas même à la Sainte Vierge. «C’est là sa dignité et sa force unique».

Ainsi pour marquer l’attitude externe correspondant à l’adoration, nous préférons le geste de plier le genou, la génuflexion. «Ce dernier geste aussi est réservé exclusivement à la divinité». Et le prédicateur de poursuivre dans ses explications: «Nous pouvons être à genoux devant l’image de la Vierge, mais nous ne faisons pas la génuflexion devant elle, comme nous le faisons devant le Saint-Sacrement ou le Crucifix».

La majesté divine

Outre cela, l’adoration peut être préparée par une longue réflexion, relève le prêtre capucin italien, mais se termine par une intuition et, comme toute intuition, elle ne dure pas longtemps, «comme un éclair de lumière dans la nuit». Il s’agit là de la perception de la grandeur, de la majesté, de la beauté et en même temps de la bonté de Dieu et de sa présence qui coupe le souffle. «Une sorte de naufrage dans l’océan sans rivages et sans fond de la majesté de Dieu», a qualifié le père Cantalamessa, qui résume ainsi l’acte d’adoration, selon l’expression de sainte Angèle de Foligno: «se recueillir en unité et s’immerger dans l’abîme infini de Dieu».

Un hymne de silence

De ce fait, le silence apparait par excellence comme une expression d’adoration, plus efficace que n’importe quelle parole.

Quand «les sens sont enveloppés dans un silence immense et avec l’aide du silence, les souvenirs vieillissent», disait un Père du désert cité par le père Cantalamessa, «alors, il ne reste plus qu’à adorer».

Adorer, enfin, selon l’expression de saint Grégoire de Nazianze signifie élever un «hymne de silence» à Dieu. «De la même manière qu’au fur et à mesure que l’on grimpe en haute montagne, l’air se fait plus rare, au fur et à mesure que l’on se rapproche de Dieu, la parole doit se faire plus courte, jusqu’à devenir à la fin complètement muette et s’unir en silence à celui qui est l’ineffable», renchérit-il, ajoutant: «Adorer, c’est consentir. C’est laisser Dieu être Dieu».

Dimension sacrificielle

Par conséquent, d’après le prédicateur de la Maison pontificale, l’adoration exige que nous nous pliions et que nous nous taisions, avant de prévenir: «Inutile de le nier, l’adoration entraîne aussi pour les créatures une forme d’humiliation radicale, le fait de se faire petit, de se rendre et de se soumettre. L’adoration comporte toujours une dimension de sacrifice, le fait d’immoler quelque chose».

Dans l’adoration on s’immole donc, et on se sacrifie, «on sacrifie sa gloire, son autosuffisance». Mais selon le théologien, il en va là d’une gloire fausse et inconsistante, et «c’est une libération pour l’homme que de s’en débarrasser».

Les âmes adoratrices

«Ce n’est donc pas Dieu qui a besoin d’être adoré, mais l’homme qui a besoin d’adorer. Cependant, l’adoration doit être libre. Ce qui fait que l’adoration est digne de Dieu et en même temps digne de l’homme, c’est la liberté, au sens où on l’entend, non seulement négativement comme absence de contrainte, mais aussi positivement comme un élan joyeux, un don spontané de la créature qui exprime ainsi sa joie de ne pas être Dieu lui-même, pour avoir un Dieu au-dessus d’elle à adorer, admirer, célébrer», a-t-il poursuivi.

«Et Dieu seul sait» combien de grâces cachées ont été déversées sur l’Église grâce à ces âmes adoratrices, a-t-il souligné, concluant sur une note d’espérance éternelle: «Si parfois notre regard baisse et s’évanouit, celui de Dieu, lui, ne s’évanouit jamais».

Source : vaticannews.va

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