Du mardi 25 juin au jeudi 04 Juillet 2019, s’est tenu à Dakar une Rencontre Internationale des Formateurs Spiritains (RIFS) en vue de préparer le Chapitre Général qui aura lieu en 2020 à Lichen (Pologne).

A l’ouverture des travaux le Père Moïse CAMARA, Supérieur de la Province d’Afrique Nord-Ouest (PANO), se référant à l’une des lettres du P. Libermann à la communauté de Dakar et à la lettre aux Romains 8, 26, a souhaité au nom de la PANO la bienvenue au Supérieur Général et aux membres du Conseil Général ainsi qu’à tous les participants. Il a encouragé tous les formateurs à travailler dans l’esprit des fondateurs afin de faire des propositions pertinentes pour le prochain chapitre général. Il les a tous invité à être imitateurs de Jésus « formateur par excellence ».

À sa suite, le Supérieur Général John FOGARTY a aussi salué les 32 formateurs des communautés du noviciat des premier et deuxième cycles de formation de toutes les Unions de Circonscriptions de la Famille Spiritaine, les 02 membres du Conseil Général (Père Bede Ukwuije : Premier Assistant Général, Père João Dimba : Conseiller Général), au Père Florentine Mallya (Coordonnateur du Département de la Formation spiritaine et de l’Éducation) et le Père Tony Neves, coordonnateur de Justice, Paix et Intégrité de la Création. Pour lui, les formateurs le sont par l’exemple qu’ils donnent, c’est-à-dire des « hommes modèles ».  Il a précisé que cette rencontre internationale a lieu une fois tous les 8 ans et rassemble tous les délégués spirituels à la tâche d’évaluation pour chercher et trouver des idées qui feront avancer la Congrégation. Sist (Nigéria) 1991 a été sa première occasion d’assister à une réunion de cette nature et pour lui, c’était la boîte à idées de ce qui doit être amélioré. « Nous nous sommes réunis pour identifier les défis ; reconsidérer les stratégies et la culture de la Congrégation telles que représentées par les Chapitres précédents ; souligner les domaines et les raisons possibles de non-fonctionnement dans l’application de nos décisions capitulaires et ensuite suggérer les voies pour l’avenir de la famille spirituelle qui est la responsabilité de tous », disait-il.

Il a placé la rencontre dans un sens plus large qu’est l’Église. C’est ce qui explique la visite de courtoisie à l’Archevêque de Dakar, Mgr Benjamin NDIAYE avant d’arriver à la session. C’est dans ce même sens qu’il a cité le document : Vin Nouveau dans Outre Neuves publié par la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique.

Il a souligné que son expérience comme Supérieur Général, lui a permis de constater que beaucoup de confrères, après leur formation, éprouvent des difficultés à faire face aux situations culturelles des missions ; tandis que d’autres confrères préfèrent rester dans leur province d’origine après leur ordination. Ce qui est pour lui très déplorable. Il encourage, cependant, les participants à trouver des moyens pour combattre cette attitude qui semble révéler un manque de disponibilité. Il n’a pas manqué d’insister sur le fait que certains confrères continuent à vivre dans deux mondes : la maison d’origine (leur famille et leurs amis) et comme conséquences, ils sont distraits par des communications extérieures qui les éloignent de leur lieu de travail.

Une autre préoccupation soulevée par le Supérieur Général est relative à certains jeunes confrères qui ne s’intéressent qu’à l’obtention des diplômes au détriment de leur vocation et de leur mission. Certains en viennent même à faire la guerre à leurs provinciaux quand ceux-ci refusent leur proposition d’aller aux études. Il a souligné aussi que certains confrères s’engagent maintenant dans des relations avec des laïques, des mineurs, etc.

Il y a aussi la tendance au cléricalisme comme étant la maladie de la plupart des prêtres qui voient le sacerdoce comme une occasion pour dominer les autres. Il a invité encore une fois tous les recteurs ou formateurs à corriger ces tendances. Il n’a pas manqué de reconnaitre que la question du discernement individuel est un grand problème qui vient du manque de formateurs formés dans les maisons de formation et du manque de partage d’expériences et d’idées et de mauvaise coopération entre les formateurs dans les maisons de formation. Il a averti qu’il faut un « discernement sérieux est crucial dans nos processus de formation » comme l’a également laissé entendre l’archevêque de Dakar, Mgr Benjamin NDIAYE.

S’exprimant sur le but de la formation, il a fait référence au Pape François qui invite aussi les formateurs et l’Église à ne jamais oublier « le but et la centralité de la formation sacerdotale… », la capacité de prendre soin des âmes et du salut du peuple de Dieu. Il s’est référé à Laudato Si où le Pape François appelle les responsables d’Église à la simplicité de la vie et à travailler à la ‘’synodalité’’ (unité dans les activités ministérielles et missionnaires).

La cérémonie d’ouverture a pris fin avec la photo de famille et la messe dite dans la chapelle des Sœurs de Saint Joseph de Cluny. Ont participé massivement à cette messe les spiritains travaillant dans l’archidiocèse de Dakar et les sœurs spiritaines.

Les travaux proprement dits

Au cours des séances, les délégués ont évalué le Guide pour la formation Spiritaine. Ils ont apprécié son importance et ont souligné la nécessité de le contextualiser suivant les cultures et les spécificités de l’Église où travaille chaque circonscription ou province ou groupe et de le mettre en pratique.  Ils ont évalué également la formation spiritaine pour voir si elle prépare adéquatement ou non les candidats aux exigences de la mission d’aujourd’hui. Ils ont aussi analysé les ajustements possibles à apporter aux programmes de formation, selon le milieu, pour les rendre plus pertinents et plus efficaces pour l’évangélisation des pauvres dans le monde contemporain.

La méthodologie suivie durant la rencontre était: Voir, Juger et Agir.

Le Voir a permis aux délégués de partager leurs expériences en séance plénière sur l’application du Guide pour la formation spiritaine (GFS) ainsi que les défis de leurs communautés de formation respectives. Tous ont reçu le  rapport de l’enquête sur la formation initiale menée par le CES : Centre d’Études Spiritaines (Centre for Spiritan Studies, CSS de l’Université Duquesne aux USA). Ils ont passé beaucoup de temps en groupes de discussion, formés selon les étapes de la formation (Philosophie, Noviciat et Théologie). Ceci a permis d’examiner les forces et les défis des programmes de formation et de partager sur l’utilité ou la pratique du GFS dans les différents milieux et contextes de formation.

Le Juger a consisté dans la réflexion sur quelques thèmes pertinents pour la formation, comme les relations pastorales : Protection des mineurs et des adultes vulnérables. Psychologie en formation : pour l’accompagnement et l’évaluation. Ils ont relié le GFS à la nouvelle Ratio Fundamentalis pour la formation du clergé et le document À Vin Nouveau Outres Neuves. Ils ont approfondi l’importance du Dialogue Interreligieux (DI), de Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC) et ont abordé le thème délicat et d’actualité de l’utilisation des TIC : Technologies de l’Information et de la Communication pendant la formation initiale. La formation au leadership, sur les compétences en gestion et sur la confiance en soi dans la formation initiale ont aussi été l’objet des discussions.

L’Agir a simplement permis aux formateurs d’élaborer une série de propositions sur la formation initiale des Spiritains pour le Chapitre Général de 2020.

En marge des travaux

En dehors des séances de travail, les participants ont prié la liturgie des heures, célébré l’eucharistie quotidienne. Ils ont eu droit à une sortie sur l’île de Gorée où ils ont eu à célébrer l’Eucharistie dans l’église Saint Charles Borromée, la première église catholique construite au Sénégal et où bon nombre de Spiritains ont travaillé. Ils n’ont pas manqué la visite de la cathédrale de Dakar qui rappelle le bienheureux Daniel Brottier (Spiritain) et le monument de la Renaissance Africaine. Ils ont aussi fait l’expérience d’immersion  en participant à l’Eucharistie dans trois communautés paroissiales à Dakar confiées aux spritains : « Saint Christophe » de Yoff, « Notre Dame du Cap Vert » de Pikine et Thiaroye.

Clôture des activités

Dans un message livré par le Père João Dimba à la fin de la rencontre, nous pouvons retenir que les participants ont présenté diverses propositions pour le Chapitre Général et s’estiment retourner dans leurs diverses communautés de formation avec beaucoup plus de courage, inspirés et mieux équipés pour exercer leurs tâches dans le ministère de la formation des nouveaux Spiritains. Ils se sont engagés à utiliser le GFS et toutes les autres ressources dont ils disposent pour harmoniser toutes les étapes de la formation initiale des Spiritains… Les travaux ont été clos par le Père Bede Ukwuije, Premier Assistant Général au nom du Supérieur Général.

Rappelons pour finir que cette rencontre des formateurs entre dans le cadre d’une série de rencontres organisée par le Conseil général en vue dudit chapitre. On peut citer entre autres rencontres : celle sur le dialogue interreligieux qui a eu lieu à Zanzibar (en Tanzanie) en décembre 2018, celles des Commissions pour la protection des mineurs et adultes vulnérables et de la spiritualité qui se sont tenues à Rome en juin 2019 et celle des laïcs en mai 2019 à Silva au Portugal. En dehors de ces rencontres, sur recommandations du Conseil Général, les différentes Unions de Circonscriptions ont organisé des colloques sur la mission, afin de réfléchir sur l’état et l’avenir de la mission spiritaine dans leurs régions respectives.

Armando Tcha-Sama WAKIOU

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