Pape François, 12.09.2019

« La communication doit être humaine et, en disant humaine, je veux dire constructive, c’est-à-dire qu’elle doit faire grandir l’autre », a expliqué le pape François. Une communication ne peut être employée comme un instrument de guerre. »

C’est ainsi que le pape avait répondu à une question d’une journaliste de l’agence espagnole EFE, qui fête le 80e anniversaire de sa fondation : « Comment voyez-vous l’information du futur? ». La question a été posée lors de la Conférence de presse dans l’avion Antananarivo-Rome, le 10 septembre 2019, au terme du voyage apostolique du pape François au Mozambique, à Madagascar et à l’île Maurice (4-10 septembre).

« Ce qui demeure une constante de la communication, c’est la capacité à transmettre un fait, et à le distinguer du récit, du discours rapporté », a affirmé aussi le pape. « C’est important que le fait reste et de toujours s’approcher du fait. »

Le pape a souligné que la communication « doit être au service de la construction, et non de la destruction ». « Et quand la communication est-elle au service de la destruction ? s’est-t-il interrogé : Quand elle défend des projets qui ne sont pas humains. »

Voici la réponse du pape François :

Il me faudrait une boule de cristal !… J’irai en Espagne, si je vis, mais la priorité des voyages en Europe est pour les petits pays, ensuite les plus grands.

Je ne sais pas à quoi ressemblera la communication du futur. Pensons à ce qu’était, par exemple, la communication quand j’étais enfant, encore sans télévision, avec la radio, le journal, et aussi le journal clandestin qui était poursuivi par le gouvernement en place, qui était vendu la nuit par des bénévoles… et aussi la communication orale. Si nous comparons avec celle-ci, c’était une information précaire, et celle d’aujourd’hui sera peut-être précaire comparée à celle de l’avenir. Ce qui demeure une constante de la communication, c’est la capacité à transmettre un fait, et à le distinguer du récit, du discours rapporté. Une des choses qui nuit à la communication du passé, du présent et du futur, c’est ce qui est rapporté. Il y a une très belle étude, sortie il y a trois ans, de Simone Paganini, un chercheur de l’Université d’Aix-la-Chapelle (en Allemagne) ; il parle du mouvement de la communication entre celui qui écrit, ce qui est écrit et le lecteur. La communication risque toujours de passer du fait à ce qui est rapporté et cela ruine la communication. C’est important que le fait reste et de toujours s’approcher du fait. Je le vois aussi à la Curie : il y a un fait et puis chacun le décore en y mettant du sien, sans mauvaise intention, c’est la dynamique. Par conséquent l’ascèse du communiquant est toujours de revenir au fait, de rapporter le fait et de dire ensuite : « voici mon interprétation, on m’a dit cela », en distinguant le fait de ce qui est rapporté. Il y a longtemps, on m’a raconté l’histoire du Petit Chaperon rouge, mais sur la base de ce qui était raconté, et cela finissait avec le Petit Chaperon rouge et la grand-mère qui mettaient le loup dans la casserole et qui le mangeaient ! Le récit changeait les choses. Quel que soit le moyen de communication, la garantie est la fidélité. Peut-on utiliser l’expression « On dit que » ? Oui, on peut l’employer dans la communication, mais en restant toujours sur ses gardes afin de constater l’objectivité du « on dit que ». C’est une des valeurs qu’il faut poursuivre dans la communication.

En second lieu, la communication doit être humaine et, en disant humaine, je veux dire constructive, c’est-à-dire qu’elle doit faire grandir l’autre. Une communication ne peut être employée comme un instrument de guerre, parce qu’elle est anti-humaine, elle détruit. Récemment, j’ai passé au père Rueda un article que j’ai trouvé dans une revue, intitulé « Les gouttes d’arsenic de la langue ». La communication doit être au service de la construction, et non de la destruction. Et quand la communication est-elle au service de la destruction ? Quand elle défend des projets qui ne sont pas humains. Pensons à la propagande des dictatures du siècle passé, c’était des dictatures qui savaient bien communiquer, mais qui fomentaient la guerre, les divisions et la destruction. Je ne sais que dire techniquement, parce que je ne suis pas fort dans cette matière. J’ai voulu souligner des valeurs auxquelles la communication, quel que soit le moyen qu’elle emploie, doit toujours rester cohérente.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source: Zenit

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