Forêt amazonienne © Wikimedia commons / Neil Palmer

« Le point le plus fort de l’exploitation, non seulement en Afrique, mais dans le monde, est l’environnement, la déforestation, la destruction de la biodiversité », affirme le pape François. « Partout, quand on prend la responsabilité sociale et politique comme un gain personnel, on exploite les valeurs, la nature et les gens », ajoute-t-il.

C’est ce que le pape a dit en répondant à une question d’une journaliste sur la protection de l’environnement et la responsabilité des gouvernements des pays de l’Amazonie lors de la Conférence de presse que le pape a donnée dans l’avion Antananarivo-Rome, le 10 septembre 2019, au terme de son voyage apostolique au Mozambique, à Madagascar et à l’île Maurice (4-10 septembre).

« Le mot terrible, terrible est celui de ‘corruption’ », affirme le pape : « Quand la corruption entre dans le cœur, préparons-nous, parce que tout peut arriver. »

Pour ce qui la protection de l’environnement, le pape pense que « le combat le plus grand pour la biodiversité, pour la défense de l’environnement, ce soit les jeunes qui le mènent ». « Ils ont une grande conscience, souligne le pape, parce qu’ils disent : l’avenir nous appartient ; vous, avec le vôtre, faites ce que vous voulez, mais pas avec le nôtre ! Ils commencent un peu à raisonner ainsi. »

Voici la réponse du pape François :

Je reviens sur l’Afrique. C’est quelque chose que j’ai dit lors d’un autre voyage. Il y a un slogan dans l’inconscient collectif : l’Afrique doit être exploitée. C’est inconscient. Nous ne nous disons jamais : l’Europe doit être exploitée, non. L’Afrique doit être exploitée. Et nous devons libérer l’humanité de cet inconscient collectif. Le point le plus fort de l’exploitation, non seulement en Afrique, mais dans le monde, est l’environnement, la déforestation, la destruction de la biodiversité. Il y a deux mois, j’ai reçu les chapelains du monde de la mer et, à l’audience, il y avait sept jeunes pêcheurs qui pêchaient avec une barque qui n’était pas plus longue que cet avion. Ils pêchaient avec des moyens mécaniques, comme on en utilise actuellement, un peu aventuriers. Ils m’ont dit ceci : depuis quelques mois jusqu’à aujourd’hui, nous avons pris six tonnes de plastique. (Au Vatican, nous avons interdit le plastique, nous faisons ce travail). Six tonnes de plastique ! C’est une réalité, rien que pour la mer… L’intention de prière du pape de ce mois est précisément la protection des océans, qui nous donnent aussi l’oxygène que nous respirons. Et puis il y a les grands « poumons » de l’humanité, l’un en Afrique centrale, l’autre au Brésil, toute la zone panamazonienne ; et puis il y en a un autre, je ne me souviens pas où… Il y a aussi de petits poumons du même genre. Défendre l’écologie, la biodiversité, qui est notre vie, défendre l’oxygène. Cela me fait espérer que le combat le plus grand pour la biodiversité, pour la défense de l’environnement, ce soit les jeunes qui le mènent. Ils ont une grande conscience, parce qu’ils disent : l’avenir nous appartient ; vous, avec le vôtre, faites ce que vous voulez, mais pas avec le nôtre ! Ils commencent un peu à raisonner ainsi. Je crois que cela a été un bon pas en avant d’être parvenus à l’Accord de Paris. Et puis le dernier, de Marrakech… Ce sont des rencontres qui aident à prendre conscience. Mais l’année dernière, en été, quand j’ai vu cette photo du bateau qui naviguait au Pôle Nord comme si de rien n’était, cela m’a angoissé.

Récemment, il y a quelques mois, nous avons tous vu la photo de l’acte funèbre qu’ont fait, je crois au Groenland, sur ce glacier qui avait déjà disparu, on a fait un acte funèbre symbolique pour attirer l’attention. Cela se produit rapidement, il faut en prendre conscience, en commençant par les petites choses. Mais votre question était : les gouvernants font-ils tout leur possible ? Certains plus, certains moins. Et là, je dois dire quelque chose, qui est à la base de l’exploitation de l’environnement… (J’ai été ému par l’article dans « Il Messaggero » du 4 septembre, le jour de notre départ, où Franca Giansoldati n’a pas lésiné sur les mots, elle a parlé de manœuvres de destruction, de rapacité… Mais ce n’est pas seulement en Afrique, mais aussi dans nos villes, dans nos civilisations). Le mot terrible, terrible est celui de « corruption ». J’ai besoin de faire ces affaires, mais pour cela je dois exploiter la forêt et j’ai besoin du permis du gouvernement, du gouvernement provincial, national, je ne sais pas, et je vais voir le responsable et la question – je répète littéralement ce que m’a dit un entrepreneur espagnol – la question qui nous est posée quand nous voulons être approuvés pour un projet est celle-ci : « Combien pour moi ? », ouvertement. Cela se passe en Afrique, en Amérique latine et même en Europe. Partout, quand on prend la responsabilité sociale et politique comme un gain personnel, on exploite les valeurs, la nature et les gens. Et nous nous disons : « L’Afrique doit être exploitée ». Mais pensons à tous les ouvriers exploités dans nos sociétés : le « caporalato » (exploitation illicite de main-d’œuvre, en général agricole, ndr) n’a pas été inventé par les Africains, nous l’avons en Europe. La domestique payée un tiers de ce qui est dû, ce ne sont pas les Africains qui l’ont inventé ; les femmes trompées et exploitées pour se prostituer dans nos villes, ce ne sont pas les Africains qui l’ont inventé. Chez nous aussi, il existe cette exploitation non seulement de l’environnement mais aussi humaine. Et cela, par corruption. Quand la corruption entre dans le cœur, préparons-nous, parce que tout peut arriver.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

 

Source: Zenit

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