Cathédrale de Tokyo, Japon © Wikimedia Commons / Morio

Voici quelques dates et quelques données pour présenter le visage de l’Église du Japon aujourd’hui: elles sont réunies par M. Shintaro Yuzawa, laïc, marié, responsable de l’aumônerie japonaise catholique à Paris.

Un ouvrage de référence: P. Pierre Dunoyer, MEP, « Histoire du catholicisme au Japon : 1543-1945 » (Cerf, 2011).

Le père Dunoyer, décédé il y a trois ans, est le fondateur de l’aumônerie japonaise de Paris.

AB

Quelques dates clés

  •  1549 : Le 15 août, François Xavier débarque au Japon et commence l’évangélisation.
  • 1569 : La première église ouverte à Nagasaki.
  •  1580 : La construction d’un Seminario.
  • 1587: Toyotomi Hideyoshi, l’unificateur du Japon, publie l’édit d’interdiction du christianisme.
  •  1597 : Martyrs des 26 martyrs chrétiens crucifiés à Nagasaki. Début de deux siècles de persécution.
  •  1613 : On estime que les chrétiens étaient de 220 000.
  •  1622 : 55 prêtres et laïcs sont exécutés à Nagasaki.
  •  1629: Début de l’épreuve de Fumi-e (on force à piétiner les images du Christ ou de Marie pour détecter les chrétiens cachés).
  •  1637 : Le soulèvement des chrétiens et des paysans à Shimabara. Après la prise du château de Hara, les survivants sont massacrés (plus de 30 000 morts).
  •  Entre 1587 et 1873, plus de deux siècles et demi de persécution, dont les victimes sont quelques dizaines de milliers de morts.
  • 1858 : La liberté de religion des étrangers est reconnue par le gouvernement, et le culte est autorisé dans les limites des concessions.
  •  1865 : Les chrétiens cachés d’Urakami viennent rencontrer Le père Petitjean des MEP.
  •  1868 : Restauration de Meiji : le Japon entre dans la modernité, mais la persécution des chrétiens continue. Une centaine de chrétiens d’Urakami sont arrêtés, dont 13 sont exécutés.
  •  1868-1870 : Plus de 3000 chrétiens sont arrêtés et déportés.
  •  1873 : L’édit de l’interdiction du christianisme n’est plus affiché sur les panneaux officiels (autorisation tacite).
  •  1889 : La constitution de Meiji garantit la liberté de religion.
  •  1931 : L’incident de Mukden, Manchourie. Le début de l’invasion japonaise de Mandchourie.
  • 1932 : Deux étudiants catholiques de l’Université Sophia (fondée par les Jésuites) refusent de se rendre au sanctuaire Yasukuni (où les soldats japonais morts pour l’empereur sont vénérés comme des dieux) en raison de leur foi (Incident de Yasukuni).
  • 1934 : Le Vatican reconnaît Mandchoukouo, un nouvel Etat créé par le Japon à la suite de l’occupation de Mandchourie.
  • 1935: A la suite de la déclaration du ministère de l’Education précisant que la visite d’un temple shintoïste n’était que l’expression d’un acte patriotique (et non une pratique religieuse), la hiérarchie catholique autorise les chrétiens à y participer.
  • 1937 : Le Pape Pie XI soutient l’action militaire du Japon en Chine, en Mandchourie et en Corée présentée comme une lutte contre l’expansion du communisme athée et une défense des fidèles catholiques dans ces pays.
  •  1941 : Le 3 mai : Le gouvernement reconnaît l’existence légale de l’Église catholique.
    Le 10 août : L’état major de l’armée demande à l’Église catholique de former une brigade de pacification : Envoi des prêtres japonais aux Philippines et en Indonésie pour « pacifier » les catholiques de ces pays.
    Le 8 août : Attaque de Pearl Harbor.

  • 1943 : Le 10 mars : La mort du père Sylvain Bousquet des MEP. Arrêté le 16 février par un agent de la police militaire (qui s’est fait passer pour un catéchumène) parce qu’il a enseigné que l’empereur n’est pas un dieu, torturé, il meurt d’une pneumonie.
    Août : Mgr Doï, l’archevêque de Tokyo, lance un appel à tous les catholiques du monde à collaborer au combat du Japon pour établir la paix perpétuelle.

  • 1945: Le 7 mai : L’arrestation du père Alfred Mercier des MEP, soupçonné d’espionnage. Longtemps interrogé et torturé, il ne sera libéré qu’après la fin de la guerre.
    Août : Bombardements atomiques de Hiroshima et de Nagasaki. Le Japon capitule le 15 août.

  • 1947 : La promulgation de la constitution japonaise. L’article 1er stipule que l’empereur est le symbole de l’unité du peuple. L’article 9 déclare renoncer au droit à la guerre.
  • 1981 : Visite du Pape Jean-Paul II au Japon.
  • 1986 : Au cours de la messe célébrée à la cathédrale de Tokyo, le Cardinal Shirayanagi, archevêque de Tokyo, demande pardon aux victimes de la guerre et reconnaît la responsabilité de l’Église catholique dans cette tragédie qui a causé 20 millions de morts en Asie et en Pacifique.
  • 1995 : La conférence des évêques du Japon demande pardon aux victimes de la guerre et reconnaît officiellement la responsabilité de l’Église du Japon dans cette guerre. https://www.cbcj.catholic.jp/wp-content/uploads/2016/10/resolut4peace1995.pdf

 

Présentation de l’Église du Japon d’aujourd’hui

  • 16 diocèses dont 3 archidiocèses : Tokyo, Nagasaki, et Osaka.
  • Fin 2018, le nombre total des catholiques japonais est 440 893, soit 0,35% de la population.
  • Selon le chiffre donné par le ministère de la culture, le nombre total des chrétiens est environ un million. (Les témoins de Jéhovah, les Mormons et le secte Moon ne sont pas comptés. Ils représenteraient 900 000 fidèles au total). Dans la population japonaise de 126 millions, les chrétiens ne représentent que 0,83 % (Protestants : 0,47 % ; Orthodoxes : 0,1 %).
    Ce que ces chiffres ne montrent pas : l’importance des catholiques étrangers.

          Les migrants présents au Japon en 2018 (Source : Ministère de justice : http://www.moj.go.jp/content/001289225.pdf)

          Total des étrangers présents au Japon : 2 731 093. Et c’est en augmentation constante. Les pays d’origines sont : 1er, la Chine : 764,720 ; 2ème, la Corée du Sud :449,634 ; 3ème, le Vietnam (en forte augmentation) : 330,835 ; 4ème, les Philippines : 271,289 ; 5ème, le Brésil : 201,865. En considérant le fort pourcentage des catholiques aux Philippines, au Brésil et aussi au Vietnam, on peut en déduire que les catholiques étrangers sont majoritaires au sein de l’Église japonaise. Donc la réalité de l’Église du Japon d’aujourd’hui, c’est un million de fidèles dont moins de la moitié sont des Japonais, la majorité sont des étrangers, pour la plupart venus de l’Asie de Sud- Est ou de l’Amérique latine.

  • Il existe deux grands séminaires diocésains et deux grands séminaires religieux. En 2018, il y avait au total 74 étudiants aux grands séminaires.
    – 31 aux grands séminaires diocésains, dont 25 Japonais, 6 étrangers.
    – 43 aux grands séminaires religieux, dont 20 Japonais, 23 étrangers.

  • La plupart des Japonais sont à la fois bouddhistes et shintoïstes. La presque totalité des obsèques sont célébrés dans les temples bouddhistes. A part les bonzes, les laïcs qui étudient la doctrine du bouddhisme sont des exceptions. Mais la pensée bouddhiste et shintoïste (il y a un syncrétisme de ces deux religions) imprègne la mentalité des Japonais, qui se rendent volontiers aux temples bouddhistes et shintoïstes. Beaucoup des chrétiens japonais s’y rendent pour les rituels (principalement des obsèques) ou pour méditer et prier.
  • Pour beaucoup des Japonais, l’appartenance aux temples bouddhistes ou shintoïstes n’est pas un choix mais une obligation : Ce système a été mis en place à l’époque d’Edo pour découvrir les chrétiens cachés. C’est pourquoi souvent les Japonais se désignent comme « sans religions ». Il y a une méfiance envers les sectes (le traumatisme du secte Aum Shinrikyo qui a commis l’attentat au gaz sarin en 1995 qui a fait 13 morts), mais aussi pour les religions monothéistes quand celles-ci se montrent trop prosélytes.

 

Statistiques : situation de l’Église du Japon en décembre 2018 (en japonais et en anglais)

https://www.cbcj.catholic.jp/wp-content/uploads/2019/07/statistics2018.pdf Evolution du nombre des fidèles catholiques :

Les femmes représentent 60 % des fidèles.

Le nombre total des fidèles stagne : 444 045 en 2006, 434 111 en 2018.

Mais en réalité, le nombre des fidèles « réels » est en nette diminution : 412 488 en 2006, 385 767 en 2018. Ceci est dû à l’augmentation des fidèles dont on a perdu la trace (qui ne sont inscrits nulle part).

Source: Zenit

Facebook Comments