C'est à ceux qui sont embrasés d'amour, ou plutôt à ceux qu'il veut embraser de cet amour, que le Sauveur adresse ces paroles. Notre Seigneur n'a pas détruit, mais réglé l'amour que l'on doit à ses parents, à son épouse, à ses enfants. Il n'a pas dit : « celui qui les aime », mais « celui qui les aime plus que moi » (...) Aime ton père, mais aime davantage le Seigneur ; aime celui qui t'a donné le jour, mais aime encore plus celui qui t'a créé. Ton père t'a donné le jour, mais ne t'a pas créé, car il ne savait pas en t'engendrant qui tu serais ou ce que tu deviendrais. Ton père t'a nourri, mais il n'est pas l'origine du pain qui apaisait ta faim. Enfin, il faut que ton père meure pour que tu hérites de ses biens, mais tu partageras l'héritage que Dieu te destine en demeurant avec lui éternellement. Aime donc ton père, mais pas plus que ton Dieu ; aime ta mère, mais aime plus encore l'Église, qui t'a engendré à la vie éternelle. (...) En effet, si tu dois tant de reconnaissance à ceux qui t'ont engendré à une vie mortelle, quel amour dois-tu à ceux qui t'ont engendré pour l'éternité ? Aime ton épouse, aime tes enfants selon Dieu, pour les amener à servir Dieu avec toi, et lorsque vous lui serez réunis, vous ne craindrez pas d'être séparés. Ton amour pour ta famille serait bien imparfait si tu ne les conduisais pas à Dieu. (...) Prends la croix et suis le Seigneur. Ton Sauveur lui-même, tout Dieu qu'il était dans la chair, revêtu de ta chair, lui aussi a montré des sentiments humains lorsqu'il a dit : « Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi » (Mt 26,39). (...) La nature de serviteur dont il s'est revêtu pour toi a fait entendre la voix de l'homme, la voix de la chair. Il a pris ta voix afin d'exprimer ta faiblesse, et te donner sa force (...), et te montrer quelle volonté préférer.